Actualité : Intégration de la collection Bridgeman Images
Réveiller les images
Certaines archives conservent davantage que les images qu’elles contiennent.
Réalisé entre les années 1990 et 2000, cet ensemble de portraits rassemble des musiciens, acteurs, sportifs, créateurs, parfumeurs, personnalités des médias et figures de la culture populaire. De Nirvana à Barry White, de Tori Amos à Nina Hagen, de Johnny Hallyday à Serge Lutens ou Thierry Henry, ces photographies témoignent d’une époque dont ils furent les visages.
Mais elles racontent également l’histoire des images elles-mêmes.
Produits pour la presse magazine, ces portraits sont nés dans un environnement où la photographie circulait principalement sur papier. Ils accompagnaient des articles, des couvertures, des entretiens, des chroniques. Beaucoup des publications qui les ont accueillis ont aujourd’hui disparu ou ne subsistent qu’à travers quelques exemplaires conservés dans des collections privées, des bibliothèques ou des archives spécialisées. Une partie de cet univers éditorial, pourtant central dans la culture visuelle des années 1990, a précédé le web et en a parfois été effacée.
Ces images ont survécu à leurs supports.
À travers les négatifs, les planches-contact, les Polaroids, les tirages de travail et les montages conservés au fil des années, réapparaît une autre histoire : celle des façons de fabriquer les images à un moment charnière de l’histoire de la photographie.
Le Polaroid y occupe une place particulière. Pola 600, SX70 etc
Utilisé non comme simple outil préparatoire mais comme image à part entière, il devient un terrain d’expérimentation : matière photographique manipulée, décollée, assemblée, parfois associée à d’autres éléments graphiques. De cette pratique naîtront ensuite des formes de portraits illustratifs développées pour la presse, bien avant que les outils numériques ne rendent ce type de construction visuelle courant.
Ce qui apparaît aujourd’hui dans ces archives n’est donc pas seulement une galerie de personnalités. C’est aussi un ensemble de pratiques, de gestes et de dispositifs qui racontent la manière dont les images étaient conçues, produites et diffusées.
Avec le recul, cette trajectoire singulière rejoint une histoire plus large.
Au cours de quelques décennies, la photographie a traversé plusieurs révolutions successives : l’argentique, le numérique, la dématérialisation des supports, les bases de données mondiales, puis les nouvelles formes de production assistées par l’intelligence artificielle. Les outils ont changé, les usages aussi. Certaines pratiques ont disparu, d’autres sont revenues sous des formes inattendues.
C’est dans cet entre-deux que s’inscrit également Clic Clac Kodak, projet consacré aux appareils photographiques argentiques et aux imaginaires qu’ils continuent de porter. Construit autour d’une collection d’appareils personnels et de portraits réalisés sur fond bleu, ce travail a donné lieu à une maquette de livre sous forme de flip-flap. Il ne s’intéresse pas seulement aux machines elles-mêmes, mais à ce qu’elles racontent des gestes, des désirs et des cultures visuelles qui ont façonné plusieurs générations de photographes et qui continue de le faire.
Le fonds d’archives et Clic Clac Kodak constituent ainsi les deux versants d’une même réflexion. D’un côté, les images produites. De l’autre, les outils qui les ont rendues possibles.
La récente numérisation de plusieurs centaines de documents et leur intégration au catalogue de Bridgeman Images prolongent cette traversée. Produites dans un monde essentiellement argentique, ces photographies ont été réactivées grâce à un travail de sélection, de documentation, d’indexation et de métadonnées qui leur permet aujourd’hui de circuler à nouveau à l’échelle internationale.
Il ne s’agit pas de célébrer un âge d’or disparu.
Il s’agit plutôt d’observer comment les images traversent les époques, changent de support, de statut et de contexte, tout en continuant à produire du sens.
Ces archives racontent à la fois les personnalités qui ont marqué leur temps et les formes visuelles qui les ont représentées. Elles témoignent d’un moment de bascule où coexistent encore la photographie argentique, les expérimentations matérielles sur les différents supports , la presse imprimée et les premières transformations numériques.
Et c’est peut-être dans cette double histoire, celle des figures culturelles et celle des images qui les ont accompagnées, que se construit aujourd’hui une réflexion sur la photographie contemporaine.
Le fonds photographique 90-2000 de Nadia Rabhi
intègrent officiellement la prestigieuse collection de l’agence Bridgeman Images (bureau de Londres).
Reconnue internationalement comme l’une des plus importantes archives d’art, de culture et d’histoire,
l’agence assurera désormais la diffusion culturelle, la distribution et la cession des droits d’auteur de mon travail
auprès des maisons d’édition, des institutions muséales, de la presse et des projets artistiques à l’échelle mondiale.
Prolonger la réflexion :
Découvrez également « An eye for optical theory », une série de photomontages numériques monumentaux (tirages Hahnemühle 120×96 cm) qui interroge la transition disruptive de l’appareil argentique vers le pixel.

